Victor Levai

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IN PROGRESS

Victor Levai herborise.

Sa production s'offre ainsi en recueil exponentiel, relevant de la nomenclature comme du grimoire. Ni la science ni la magie ne prédominent dans cette approche empirique du vivant. La cueillette raisonnée importe autant que la vadrouille mystique. C'est ainsi qu'il vaque en expérimentant les rendus, pétrifiant l'organique par ses pouvoirs céramiques.

 

La palette doit rester vraisemblable, alors que les couleurs s'obtiennent souvent par surprise. Mauvaises, ses herbes s'obstinent et apparaissent inopportunes. Folles, elles échappent à la maîtrise absolue. Grasses, ses plantes regorgent d'une sève épaisse et visqueuse. Simples, elles s'utilisent telles qu'elles poussent. On pourrait encore rajouter nuisibles ou coriaces parmi les qualificatifs dont on affuble sa verdure. Algues, lichens et pinacées augmentent cette flore sans fleur. L'artiste pourtant la valorise en une succulente pharmacopée dont il a le secret, bousculant les ordres en célébrant la malherbologie, étude agronomique des indésirables, comme on fêterait la majesté d'un magnolia.

 

Ses œuvres envisagent une phytothérapie par l'ornement, attribuant à la déco d'aquarium des vertus officinales. Elles éveillent la poésie des adventices, de ce qui vient de l'extérieur. Mais plus qu'un motif, la végétation lui dicte une structure. Ces croissances suivent des schémas répétitifs, multipliant les ramifications autour de tiges selon une succession de nœuds par réitération, jusqu'au vertige fractal.L'autosimilarité nous plonge dans une géométrie hypnotique, invoquant l'incommensurable du haricot magique.

 

Cette prodigieuse échelle relie la terre au ciel à l'image du mythe primordial de l'arbre cosmique. Tout cela requiert une discipline de l'artifice, c'est-à-dire une disposition à tout fabriquer. Par un travail savant et sensible, Victor Levai figure ce qui jusque-là demeurait hors d'homme, pas encore extrait, naturellement abstrait.

                                                                                       - Joël Riff

Si les références sont vastes, la production est libre et engagée dans une série d’obsessions naturelles tellement rares pour l’effervescence urbaine. L’œil de Victor Levai et sa science de l’assemblage redonne goût à une nature présente et qui refuse de s’en aller. Les halos bleus et verts se déploient tout au long de son parcours en une mixité de formats et de médiums, où la singularité de ce qui nous entoure est sincèrement épatante. De là s’éloigne instinctivement la réalité saturée de notre décennie.

 

Matière = palpable. Rien ne sert de creuser, la fiction, simplissime, est une échappée belle. Bien réelle, elle n’est pas utopique, elle est juste là, sous vos yeux.

                                      – Alice Durel